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Les plastiques agitent le design

25/11/14

Les plastiques agitent le design

Le design est un processus intellectuel et créatif dont l’objectif est de créer un objet situé à la croisée de l’art et de la technique. Il se caractérise par sa faculté à se réinventer à chaque époque en suivant les évolutions de la société, des technologies et bien entendu des matériaux. L’arrivée en masse des polymères a changé à jamais la donne pour les designers.

Première partie

Le design ne date pas d’aujourd’hui mais, jusqu’à la révolution industrielle, on préférait parler de style. Ainsi dès le Moyen Âge, les nobles et parfois les bourgeois aimaient s’entourer d’objets personnalisés pour se différencier de leurs contemporains. Ces objets étaient uniques, généralement fabriqués par des artisans, notamment le mobilier et la vaisselle. On est encore très loin de la production de masse. Pour les historiens de l’art, le premier objet véritablement « designé » est le revolver inventé par Samuel Colt en 1836. Si Colt révolutionna le mode de fonctionnement du revolver en perfectionnant le barillet, il attacha également une grande importance à l’aspect et à l’ergonomie de son arme. Produit en série, le revolver devint rapidement un « best-seller » dans cette Amérique naissante

La bakélite, star incontestée du début du XXe siècle

La bakélite, star incontestée du début du XXe siècle

En ce début de XXe siècle, la bakélite est le matériau à la mode. Elle est issue d’une industrie chimique en plein essor. Les premiers industriels à s’y intéresser sont ceux de la construction électrique pour une raison fort simple : en plus d’être belle et facilement moulable, la bakélite est un excellent isolant électrique. Première résine thermodurcissable, elle fait le bonheur des fabricants de boîtiers des postes de radio et des téléphones, mais aussi d’ustensiles de cuisine, de bijoux et de jouets. Dans la première moitié du XXe siècle, tous les foyers regorgent d’objets partiellement fabriqués en bakélite. C’est un fait nouveau, un grand soin est apporté à l’aspect et à la forme des objets de consommation courante qui, grâce à ce polymère, peuvent être fabriqués en très grande série.

La bakélite permet notamment l’internationalisation de la marque Kodak qui inonde le monde de son Brownie, un appareil photo bon marché et d’une grande simplicité. Le premier disque manufacturé par Thomas Edison a lui aussi été réalisé dans cette matière. Surfant sur cette mode, l’industrie du luxe n’est pas en reste. Ainsi les stylos Montblanc voient leur corps façonné dans ce polymère – c’est d’ailleurs toujours le cas aujourd’hui – et l’horloger Rolex l’utilise pour les lunettes de certains de ses modèles. Des objets devenus cultes et que s’arrachent les collectionneurs.

Le paradoxe de la Grande Dépression

Le paradoxe de la Grande Dépression

Dans les années 1930, la consommation est à l’arrêt dans les principaux pays développés. C’est la période de la Grande Dépression. Raymond Loewy, le célèbre designer américain, écrit que la laideur se vend mal. Pour doper les ventes et donc relancer l’économie, il propose de donner une valeur esthétique aux objets manufacturés. Le design moderne est né ! Les plastiques ressortiront comme les grands vainqueurs de sa théorie. Les industriels s’en inspirent assez rapidement car ils y voient non seulement le moyen d’augmenter leurs marges mais aussi une façon de faire du beau et du moderne. Les premiers objets réalisés en plastiques sont les appareils électriques qui mettent à profit les qualités isolantes des polymères. Déjà les arguments en faveur de la sécurité domestique sont mis en avant… Mais, les techniques de moulage évoluant, il est désormais possible de donner toutes les formes à ces objets pour se différencier de la concurrence.

Années 1950 : les plastiques enchantent les intérieurs

Années 1950 : les plastiques enchantent les intérieurs

A l’Ouest, après 1945, l’Europe se reconstruit à grands coups de dollars. On veut oublier les années de sacrifices de la guerre. C’est la grande époque de l’american dream ! Les Etats-Unis jouent alors un rôle prépondérant dans la création d’un nouveau style coloré aux courbes harmonieuses qui se décline dans un nombre significatif d’objets. Les années 1950 sont marquées par les révolutions de style et de formes dans le design mobilier et la décoration, mais aussi et surtout pour les nouvelles techniques industrielles qui permettent aux plastiques de débarquer en force. C’est aussi l’avènement de l’industrialisation et de la production du mobilier en série. En vedette, la mélamine, mieux connue sous son appellation commerciale de Formica. Pour tous, elle évoque la modernité et s’invite plus particulièrement dans les cuisines et les salles de bains.

© RAMA

Les raisons d’un tel succès ? Ses couleurs chatoyantes, sa résistance à la chaleur, aux agressions des produits chimiques, à la lumière et surtout sa facilité d’entretien.
Les plastiques sont dans l’air du temps. Des designers comme Charles et Ray Eames – un couple d’Américains – créent au tout début de la décennie le fameux Plastic Chair. Un fauteuil aujourd’hui iconique dont l’assise et le dossier sont constitués d’un seul bloc de fibres de verre ou d’ABS selon le fabricant. Un modèle qui se module via l’ajout d’accoudoirs et surtout qui propose une palette de couleurs inédite pour l’époque. Autre grand nom, Arne Jacobsen, un designer danois qui « ose » imaginer pour une prestigieuse chaîne d’hôtels un fauteuil à structure en fibres de verre garnie d’une mousse de polyuréthane et de cuir pour le confort.

Années 1960 et 1970 : pop plastics

Années 1960 et 1970 : pop plastics

© Résidence & Décoration

Une nouvelle société se dessine entre contestation et utopie et avec elle émerge la culture pop. Ce sont les décennies de toutes les audaces et du « beau pour tous ». La jeunesse réclame un habitat plus modulable, plus coloré, plus populaire, pour vivre tout simplement autrement. Les designers s’en donnent à cœur joie : tout est permis, tout est possible… Ils profitent pleinement des nouvelles possibilités qu’offrent les plastiques moulés par injection. Quelle meilleure illustration que le tabouret Tam Tam en polypropylène créé par le Français Henry Massonnet ? A la fin des années 1960, au moment de sa commercialisation, il était vendu environ 10 F (1,50 €)… soit le prix de deux places de cinéma de l’époque.

© Holger.Ellgaard

Verner Panton, un designer danois, remporte un succès mondial en créant la première chaise monobloc en plastique moulé et aux couleurs vives. Il affirme d’ailleurs : « Grâce aux progrès techniques et aux nouveaux matériaux plastiques, les designers peuvent désormais réaliser des objets qui, jusqu'alors, ne pouvaient avoir d’existence que dans leurs rêves. » Les premiers modèles sont fabriqués en polyester renforcé à la fibre de verre. Depuis les années 1980, c’est le procédé de moulage de mousse de polyuréthane qui est utilisé. Les technologies de plasturgie actuelles ont cependant tant évolué que la Panton Chair peut également être fabriquée selon un procédé d’injection avec du polypropylène entièrement recyclable.

S’asseoir sur une poire

S’asseoir sur une poire

© Sacco Gatti, Paolini, Teodoro 1968 - Zanotta

Piero Gatti, Cesare Paolini, Franco Teodoro, trois designers italiens, chamboulent tous les codes du fauteuil en créant le Sacco, le pouf le plus connu du monde. En ces années hippies et anticonformistes, ils veulent avant tout casser les lignes droites et pures des meubles contemporains et créer un fauteuil au confort parfait. S'inspirant des matelas garnis de paille en usage à la campagne, ils cherchent à concevoir un siège à partir d'une enveloppe transparente remplie d'un matériel inerte qui moulerait le corps, quelle qu’en soit sa position. Après différents essais, ils aboutissent à un « non-siège ». Pensant d’abord le remplir d'eau, ce qui le rendait trop lourd, puis de petites balles de ping-pong, ils optent finalement pour une douzaine de millions de billes de polystyrène dont le poids total ne dépasse pas 3,5 kg.

© Sacco Gatti, Paolini, Teodoro 1968 - Zanotta

La forme en poire de l’enveloppe permet aux billes, sous le poids d’une personne assise, de se répandre dans la partie supérieure, qui peut alors servir de dossier et d’appui-tête. Le Sacco peut tout aussi bien se transformer en pouf, voire en une sorte de chaise longue. Le PVC transparent de l’enveloppe du prototype se révélant peu résistant, l’entreprise Zanotta qui l’édite lui préfère le cuir ou le Telafitta, tissu enduit de PVC, décliné dans une dizaine de couleurs vives. Phénomène de mode symbole d'une génération à la recherche d'un nouveau mode de vie, libre et nomade, le Sacco recueille immédiatement un immense succès.

Le PMMA en met plein la vue

Le PMMA en met plein la vue

Autres temps, autres mœurs… Si les années 1980 sont celles qui élèvent au rang de stars des designers comme Philippe Starck ou Ron Arad, les polymères sont moins à la fête, même s’ils conservent de nombreux fans chez les designers. Avec la crise économique, l’insouciance perd du terrain. Les consommateurs se replient vers des matières naturelles jugées plus rassurantes et plus nobles. Mieux connu sous son appellation commerciale de Plexiglas®, le PMMA est sublimé par Shiro Kuramata et Philippe Starck dans leurs créations de fauteuils ou de luminaires qui jouent sur des effets de transparence.

Les créateurs ont la fibre textile

Les créateurs ont la fibre textile

Les polymères trouvent de nombreux autres débouchés notamment dans les textiles. Si les polyamides et les polyesters sont déjà utilisés depuis fort longtemps dans l’habillement, d’autres fibres comme les élasthannes font une véritable percée et réussissent à se donner une image résolument hi-tech. Les premières applications sont destinées aux sportifs mais les créateurs y voient une nouvelle façon de travailler la matière pour mettre en valeur le corps de leur client. A l’instar d’Issey Miyake qui a activement participé à la création d’un textile à base de PET donnant un élégant aspect rigide aux vêtements sans pour autant négliger le confort.

Le hi-tech s’empare du design et… des plastiques

Le hi-tech s’empare du design et… des plastiques

En 1984, Apple® atteint une renommée mondiale avec le Macintosh, premier ordinateur tout-en-un qu’il suffit de brancher pour le faire fonctionner. Les plastiques y sont omniprésents et s’imposent auprès du grand public comme des matériaux ayant une valeur technologique ajoutée. Certes, années 1980 obligent, le Macintosh est encore d’un beige assez terne mais il est déjà d’une forme inédite. Le génie de Steve Jobs se situe bien dans le design qu’il donnera à tous ses ordinateurs. Si le succès est au rendez-vous, la concurrence s’aiguise et la marque à la pomme se doit de continuer à innover pour garder sa longueur d’avance. Le lancement de l’iMac, à la fin des années 1990, marque une nouvelle révolution. C’est encore une fois en s’appuyant sur un design précurseur qu’Apple® marquera les esprits.

Fini les coques grises ou beiges, place à la transparence et à la couleur avec l’iMac et au blanc immaculé et brillant pour l’eMac. Différents polymères sont utilisés dont des ABS pour leur rendu lisse et brillant et la finesse de leur moulage.

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